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Controle fiscal

Acte 3

Idem acte 1 (sauf télévision), Stéphane lit, allongé dans le canapé... entre Nathalie...
Elle tient à la main droite une lettre (dès qu’elle ouvre la porte, Stéphane se retourne, la fixe d’Amour).

Scène 1

Nathalie : - Gloire à l’administration fiscale qui a changé notre vie !
Stéphane : - Mais maintenant que sa vie n’a pas été totalement inutile, qu’il nous laisse en paix !
Nathalie : - Ne sois pas impatient ! (Nathalie déchire l’enveloppe, sort la lettre à toute vitesse, la lit de même, et la jette en l’air tout en se précipitant sur Stéphane qui se lève) Aucune charge retenue contre vous... mon Amour.
Ils se serrent.
Nathalie (qui sourit et se sépare de Stéphane) : - Tu sais comme je suis...
Stéphane : - Presque !
Nathalie : - Je m’étais dit que s’ils nous laissaient tranquilles, c’était bon signe... et dans le cas contraire que j’étais...
Stéphane sourit : - Tu étais ?
Nathalie : - Que j’étais une garce !
Stéphane : - Oh !
Nathalie : - J’ai pas tout dit !... s’ils nous laissaient tranquilles c’était bon signe... et on pouvait avoir un enfant cette année.
Stéphane : - Tu crois que notre rythme de vie est compatible avec un enfant.
Nathalie : - Quand nous serons trop occupés, sa marraine se fera un plaisir de le pouponner.
Stéphane : - Sa marraine... tu veux dire ?
Nathalie : - Bin oui, Aurel... je crois que je vais l’appeler pour lui annoncer... lui annoncer... oui, je ne t’ai pas tout dit !... Comme ils tardaient à nous écrire ça voulait dire que tout allait bien... donc j’ai devancé la bonne nouvelle... J’ai arrêté la pilule y’a sept semaines.
Stéphane : - Tu ?
Nathalie : - Tu n’as pas remarqué que ça fait un moment que faire l’amour dans la baignoire, ce n’était pas par obligation.
Stéphane : - Tu veux dire... (il pose sa main sur le ventre de Nathalie)
Nathalie : - On va avoir un bébé.
Stéphane sert Nathalie dans ses bras.

Nathalie : - Tu trouves pas que tu exagères... je le dis avant toi !
Stéphane : - Tu crois qu’Aurélie va être ravie, va être d’accord pour être marraine ?
Nathalie : - C’est ma frangine. Et je la connais même mieux que toi... tu vois... elle doit attendre mon appel. Elle va me demander ce que je deviens depuis le temps, où j’étais passée pour la laisser sans nouvelles.
Stéphane : - Bon, je veux bien croire qu’elle ne t’en veuille plus mais...
Nathalie : - Et toi, tu veux dire ?
Stéphane : - Bin oui, faudrait quand même que la marraine de notre enfant ne me morde pas dès qu’elle me verra...
Nathalie : - Au contraire !...
Stéphane : - Au contraire ?...
Nathalie : - Ou plutôt ça risque d’arriver.
Stéphane : - Qu’elle me morde !
Nathalie : - C’est c’qui m’embête... mais je crois qu’on n’a pas le choix... elle risque de te laisser de tendres morsures...
Stéphane : - Oh !
Nathalie : - Bin oui, je lui ai piqué son mec. Dans notre langage ça fait 2-1.
Stéphane : - Tu m’as jamais dit !
Nathalie : - Aurel non plus ?
Stéphane : - Alors c’était pas la première fois !
Nathalie : - La première fois, ça n’a rien à voir avec nous, c’était juste pour rire. Et finalement elle a été bien contente que je la débarrasse... mais dès que je suis sortie avec un autre mec, il ne lui a pas fallu huit jours pour égaliser. Donc je sais que même si pour elle comme pour moi ça n’a rien à voir...
Stéphane : - Je crois plutôt qu’elle m’en veut.
Nathalie : - Je sais qu’elle te veut.
Stéphane : - Je t’ai déjà dit.
Nathalie : - Je sais... et Aurel aussi... mais ça ne change rien, elle va essayer de te récupérer.
Stéphane : - Oh ! tu crois que je pourrais...
Nathalie : - Qui pourrait résister à Aurel quand elle veut quelque chose !
Stéphane : - Qui pourrait résister à Nathalie quand elle veut quelque chose !... c’est bien ce qu’elle avait dit... avant de m’envoyer cette gifle que je sens encore (il se touche la joue). Tu n’as pas confiance en moi ?
Nathalie : - Oh si !
Stéphane : - Alors ! En plus on va avoir un enfant !
Nathalie : - Elle va essayer d’être ton amante !
Stéphane : - Oh !
Nathalie : - Le jour où on devra arrêter de faire l’amour.
Stéphane : - Oh !
Nathalie : - Elle a plusieurs solutions.
Stéphane : - Tu as déjà réfléchi à tout ça.
Nathalie : - N’oublie pas qu’en plus d’être la plus grande artiste peintre du... j’allais dire du pays... bon, du Quercy, un jour je serai auteur de théâtre.
Stéphane : - Alors Aurélie sur ça avait raison ! On est tes cobayes !
Nathalie : - Mais je suis aussi mon propre cobaye. Et tout le monde ferait bien d’en faire autant, d’utiliser son vécu pour le transcender en art. C’est la seule manière de le sauver du néant.
Stéphane : - Tu es vraiment la dernière Proustienne.
Nathalie (récite) : - La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, par conséquent la seule vie réellement vécue, c’est la littérature.
Stéphane : - Et si j’ai bien suivi, dans cinq minutes tu téléphones à Aurélie...
Nathalie : - Et dans une heure elle débarque ici !
Stéphane : - Et elle arrivera avec un moral d’enfer pour essayer d’égaliser dans votre grand jeu !
Nathalie : - Ça va bien plus loin que ça.
Stéphane : - C’est à dire ?
Nathalie : - Elle t’aime encore.
Stéphane : - Là tu exagères.
Nathalie : - On verra... mais


Scène 2
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Nathalie va au téléphone : - Je ne peux pas faire autrement que de l’appeler... tu préfères que je ne l’appelle pas ?
Stéphane : - Peut-être que oui.
Nathalie : - Mais c’est impossible. Je crois que ça devient invivable pour elle comme pour moi de ne pas se voir... et comme je t’aime... je suis même prête à comprendre qu’un jour elle devienne ton amante.
Stéphane : - Oh !
Nathalie : - Je serai au courant. Je devinerai. Mais... enfin, on verra... De toute manière je n’oublierai pas que c’est moi qui ai fait revenir ainsi ma... concurrente.
Stéphane : - Ou alors, tu veux te prouver que jamais elle n’égalisera !
Nathalie en souriant : - Alors maintenant monsieur essaye de me deviner !... bon j’appelle...
Nathalie décroche l’appareil, pianote les dix numéros... et attend.

Nathalie : - Aurel !

Nathalie : - Comment je sais quoi ?

Nathalie : - Qu’est-ce qui t’arrive ?

Nathalie : - Oh merde ! Tu aurais pu appeler !

Nathalie : - Et tu vas faire quoi ?

Nathalie : - Quoi ! Dans la rue ! Jamais !

Nathalie : - Tu vas venir ici quelques jours avant de retrouver quelque chose.

Nathalie : - Mais si, Stéph est d’accord.

Nathalie (à Stéphane) : - Son téléphone est coupé ce soir, elle est à la rue lundi, elle n’a plus un centime, et elle veut pas venir ici quelques jours parce qu’elle ose dire que tu ne voudras jamais ! Tiens, dis-lui.
Stéphane prend l’appareil.
Stéphane : - Aurélie...

Stéphane : - Tu me prends pour un grand méchant loup alors... en plus Nathalie avait quelque chose d’important à te dire.

Stéphane : - Je t’invite aussi quelques jours...

Stéphane : - Nathalie va te dire.
Stéphane redonne l’appareil à Nathalie.

Nathalie : - Je suis enceinte.

Nathalie : - Tu es toujours là ?

Nathalie : - Tu veux bien être la marraine à gâteaux ?

Nathalie : - On va venir te chercher...

Nathalie : - T’es sûre... Bon, à tout de suite...
Nathalie racroche.

Nathalie : - Elle arrive en stop. Elle n’a plus qu’un sac de sport ! (silence) Picasso !, j’aurais jamais cru qu’elle puisse tomber comme ça ! Picasso !, elle t’aime donc autant que je t’aime !
Stéphane : - Dire que durant des années j’ai vécu seul, en pensant qu’aucune femme ne pourrait me supporter !
Nathalie : - Ton coeur balance déjà ?
Stéphane va vers Nathalie, la prend dans ses bras : - C’est une vraie question ou c’est juste... pour si un jour tu en fais une pièce de théâtre ?
Nathalie : - Mais là je suis dépassée ! J’aurais jamais pu imaginer qu’un jour j’inviterais l’ancienne amie de l’homme que j’aime à venir partager nos quelques mètres carrés. Même si cette ancienne amie est ma soeur adorée !... Tu crois que notre couple peut résister à un pareil cyclone ?
Stéphane : - Aurélie t’appelais souvent Nat le cyclone.
Nathalie : - On est les soeurs cyclones. Cyclothymiques aussi.
Stéphane : - Donc mon avenir est d’être naufragé !

Scène 2
Les mêmes plus Aurélie

On frappe à la porte

Nathalie : - Déjà !
Stéphane : - C’est pas possible.

Aurélie apparaît à la fenêtre. Nathalie va ouvrir ; les deux soeurs tombent dans les bras l’une de l’autre.

Nathalie : - Comment t’as fait pour arriver aussi vite.
Aurélie : - Imagine sur qui je suis tombée au rond-point ? Not... Votre voisin ! Mais je n’ai rien dit pour...
Aurélie pose une main sur le ventre de sa soeur.
Nathalie : - Il est trop tôt pour l’entendre.
Aurélie se tourne vers Stéphane.

Aurélie dont la voix tremble légèrement : - Bonjour monsieur (elle sourit). Bonjour Stéphane.
Stéphane : - Bonjour Aurélie.
Nathalie les regarde interrogative. Aurélie se tourne vers elle :

Aurélie : - Vous l’avez fait exprès ou tu as oublié ta pilule ?
Nathalie vexée : - Je n’ai jamais joué à la roulette russe avec ma vie... (puis posément) Tu nous racontes tes aventures ?
Aurélie : - Aurélie, trente ans et des poussières, sans domicile fixe, sans illusion, sans passion.
Nathalie : - Et tes tableaux, ton chevalet ?
Aurélie : - J’ai hésité entre le mont de piété et... et j’ai tout cassé. Je ne suis pas peintre, il n’y a qu’une artiste par génération dans la famille... j’ai hérité de la mère et toi du père... je suis looser, parano, mauvais karma, détraquée, héritière des tares accumulées par des générations d’ivrognes, de schizophrènes, d’hystériques.
Bon, je vous préviens, j’ai pas le moral ces jours-ci...
Nathalie : - J’ai ce qu’il te faut...

Nathalie va dans la cuisine et revient avec une bouteille de rosé et trois verres. Elle les pose sur la table, et verse. Durant son absence Nathalie et Stéphane ne savent quoi se dire, détournent les yeux et se lancent quelques regards...

Nathalie : - Allez...
Aurélie et Stéphane s’approchent de la table.

Aurélie : - Ce s’rait peut-être mieux que vous me balanciez dans un foyer ou sous un pont.
Nathalie : - Dis pas de conneries... Allez, à ton grand rôle de marraine à gâteaux...
Ils trinquent debout. Nathalie et Stéphane boivent une gorgée. Aurélie vide son verre cul sec. Nathalie lui en ressert un immédiatement. Vidé de nouveau cul sec.
Aurélie : - Prendre une cuite et dormir, c’est peut-être ce que j’ai de mieux à faire... je suppose que vous n’avez pas eu vraiment le temps de faire des travaux... je dormirai dans le canapé.
Aurélie vide un troisième verre.
Aurélie : - Vous avez du stock ?

Rideau.


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